Aucun lien sonore ou effet de style voulu par votre serviteur avec
les précédemment chroniqués Cloud Control, le hasard des sorties et
des coups de cœur justifie la récente présence des "nuages"
sur ce blog.
Si Cloud Control utilise avec brio l'attirail hippie, Cloud
Nothings au contraire sort l'artillerie noise façon écorché vif.
Après deux albums power-pop bien ficelés, le groupe a pris la bonne
initiative de passer au bruit : Dylan Baldi aux commandes de cette
formation s'est assuré une collaboration solide pour réaliser
Attack on Memory à hauteur de ses
ambitions "noisy" en sollicitant un maître du genre, Steve
Albini.
Voici donc de bons exécutants de power-pop s'abandonnant au bruit
canalysés par une référence incontestée en la matière. La démarche
peut s'avérer opportuniste et renifler l'arnaque mais il faut
reconnaître une sacrée franchise à cet album.
Les membres de Cloud Nothings viennent de Cleveland, ville en plein
désastre économique où la criminalité n'a jamais été aussi forte,
un environnement de décadence présent dès l'ouverture de l'album
avec No Future / No Past, première salve
faisant le point sur la perdition économique et sociale de leur
ville mêlant frustration et désillusion. Le traitement
“revival Grunge“ proche d'un Kurt dans l'interprétation
de ce morceau est en totale cohérence avec le contenu. Cette
logique texte / son est omniprésente sur les pistes qui vont
suivre.
Après No Future /
No Past plantant le décor, Cloud Nothings ose un
morceau à l'énergie punk noise sur une durée de 8.52 minutes sans nous faire décrocher d'une
semelle ! Ce tour de force s'explique par un enchaînement de 4
parties respectant une rythmique soutenue et un fil conducteur
évident.
Si pour chaque partie on se plie au jeu de l'association de
références, ce morceau peut à lui seul situer artistiquement
l'album Attack on Memory. On pourrait
déceler un démarrage digne du meilleur Mystery Machine enchaînant
sur une musicalité et un phrasé proche d'un très bon Fugazi,
passant le relais à un Sonic Youth de la première heure et
concluant sur les hurlements crescendos d'un punk (métal) proche de
la rupture, plus brut et rêche que le finish de Planet
Of Sound des éminents Pixies. D'autres déclinaisons
sont tout-à-fait valables nous empêchant en conséquence de
clairement "étiqueter" Cloud Nothings à l'écoute de cet opus. Il
est par contre évident qu'Attack on
Memory va puiser dans le registre noise du début des
90's pour préparer sa sauce.
Débarrassée de l'image héréditaire power-pop après les deux
premiers morceaux, cette livraison n'oublie pas pour autant les
mélodies et propose trois respirations aux accents plus "pop"
– à l'influence Green Day assumée – au centre de
l'album sans perdre le rythme, laissant entrevoir une lueur
d'espoir au milieu de l'abîme. Les accords dissonants viennent
ensuite compléter le tableau tout en conservant une ligne mélodique
minimaliste mais d'une redoutable efficacité.
La voix de Dylan Baldi à la fois âpre et lancinante en
contradiction à la clarté de son timbre lui permet de passer
aisément d'un registre dramatique à un ton plus enlevé, permettant
de rendre ce troisième opus plus digeste et percutant sur la
longueur.
Si cet album rafle aussi la mise c'est grâce à une production
respectant l'immédiateté vitale à ce type de disque : le groupe a
enregistré dans les conditions du live, captant l'émotion sans être
perturbée par des arrangements qui auraient forcément atténués
l'impact.
Un changement de direction
bienvenue venant d'un groupe dont on attendait peu à la sortie
d'Attack on Memory. Il faudrait voir les
anciennes productions de Cloud Nothings comme un travail de
préparation "mainstream" de bonne facture leur permettant de se
rassurer, gagner en confiance afin de s'émanciper par la suite dans
un son à la fois brut, énergique, primal et puissant qui colle
parfaitement aux différents propos abordés.
Écoute intégrale de l'album Attack on
Memory sur la page facebook des Sons CosmoChroniques
Un morceau de Cloud Nothings et la playlist des artistes
chroniqués sur NeiL's MySpace
5 vidéos llustrant cet article
sur la chaîne YouTube des Sons
CosmoChroniques
Le site officiel du
groupe
Le clip No Future / No
Past le morceau Wasted
Days à voir et écouter sur les deux
précédents posts… enjoy ;-)
